VILLA ANNA
Au cœur vibrant de la vieille ville d’Erfurt dans le quartier
romantique des musiciens tels que les nombreux membres
de la Famille Bach au Junkersand 2, juste au dos de la Poste
Centrale sur la grande place Anger et tout près du fameux
Pont des Epiciers situé à une cinquantaine de mètres à peine
en traversant la plus conviviale des places, Wenigemarkt,
la maison numéro 18 de la rue Pilse, jadis enregistrée numéro
31b de la rue Laurentii en raison du nom de la paroisse de
l’église Sankt Lorenz, la plus vieille des églises paroissiales
catholiques d’Erfurt bâtie en 1140 à l’autre bout de la rue,
porta plusieurs noms, dont les deux plus anciennement connus
sont «Haus zur Wolfskappe» (Au Tertre du Loup) à partir de
1605 et, à partir de 1734, «Haus zum Mittleren Hasengeier»
(Au deuxième Vautour à Lièvres, pour le distinguer de
ses voisins de droite et de gauche, respectivement le
«grand vautour» (Pilse 17) et le «petit vautour» (Pilse 19).
A l’instar de ses deux maisons voisines, ma vieille dame
doit probablement ses deux noms de jeune fille et de première
épouse non seulement au relief du lieu, ce que confirmerait aussi
le nom de la rue («Pilse» venant de Pilz pour décrire une petite
colline en forme de champignon) mais aussi aux créatures qui
fréquentaient depuis la nuit des temps ces lieux enchantés,
preuve en est la découverte récente, lors des travaux de
construction d’appartements tout neufs, du plus ancien repère
de chasseurs sur ou dans le sol allemand, datant de 4500 ans
avant notre ère chrétienne. En effet, ossements de loups,
de renards et dents de cervidés rassemblés au même endroit,
donnent à penser que la proximité de la rivière Gera, là où son
cours d’eau est le plus large et dirigé vers le «passage à gué des
eaux brunes» (traduction d’ «Erfurt»), permettait aux premiers
habitants de la ville de guetter le gibier qui venait s’abreuver!
Mais pour revenir à notre maison de la Pilse 18, voici, à
l’exception des victimes d’épidémies de peste et de la Guerre
de Trente Ans perdues dans l’anonymat des registres détruits,
toutes les personnes archivées qui en ont hanté les murs: au
17ème siècle d’abord, une série de personnes lettrées liées à
l'université, professeur et huissier de justice, puis au 18ème
siècle une série d'artisans comme un tisseur de lin, quatre
menuisiers, un serrurier, un marchand de pastel, un lithographe
et un «Bandmacher», dont le métier, une fois traduit, pourrait
être celuide licier. Parmi les veuves comme la dernière en date,
Madame Petch domiciliée de 1873 à 1902 ou 1904, et autres
femmes ou filles répertoriées, il y a une certaine Rebecca puis,
du même prénom Anna, mère et fille, ayant connu l’époque où
Napoléon avait déclaré la ville d’Erfurt, résidence impériale.
A ce sujet, comment ne pas évoquer, à peine éloignée d’une
centaine de mètres, la «Salle de l’Empereur», dans la Futterstrasse,
tronçon de l’ancienne voie royale au carrefour des pays francs et
des pays slaves? En octobre 1808, lors du Congrès des Princes,
la Comédie Française y joua tous les soirs, le plus souvent du
Voltaire, sous l’œil attentif de son équivalent allemand, Wieland,
logé en face du beau versant Nord du Pont des Epiciers.
Assurément, les deux grands poètes de Thuringe, Schiller et Goethe,
ont dû avoir l’occasion de fouler le pavé de ces rues avoisinantes
où il est bon de flâner.
Pour conclure l’historique de cette demeure, dont l’escalier à l’entrée
serait du 19ème siècle, l’église catholique de la paroisse St Lorenz fut
propriétaire pendant plus de cent ans pour y héberger dix vicaires,
ainsi qu’une maîtresse de maison, un aide soignant, un ébéniste et
un étudiant. Une légende dit que la Pilse, jadis appelée aussi Bulzam,
Bulcza, Bülcze, Bültzen, bref en latin-grec boletus, en français bolet et
donc en allemand Steinpilz, est aujourd’hui habité par un troubad’ours
des Pyrénées qui, depuis la maison 18 à l’heure où les loups hurlent
sous la pleine lune, laisse échapper un fumée de cèpes persillés.
Avis aux gourmets, dames de cœur et preux SeigneurS. Les trois
céramiques vertes trouvées lors des dernières fouilles chez l’un des
plus riches riverains médiévaux, la première représentant l’évangéliste
et disciple bien-aimé Jean, la deuxième, un trouvère et la troisième,
une courtisane, nous mettent sur la piste de cette histoire à écrire sur
la «Villa Anna» dont la cave, aux dires récents d’un spécialiste de la
sauvegarde des monuments historiques, a une voûte datant de la fin
du Moyen-âge ou du début de la Renaissance, donc témoin du début
de la Réforme avec Martin Luther comme étudiant et moine à Erfurt.
Sur ce, ma fille Anna et Marc Penchenat vous souhaitent la BIENVENUE.
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